Un téléphone intraçable PGP chiffre le contenu des messages, mais il ne rend pas l’appareil invisible. Le téléphone reste rattaché à une antenne, identifié par sa carte SIM et son IMEI, et les métadonnées des échanges (qui, quand, combien de fois) restent exploitables. Le chiffrement protège ce qui est écrit, pas le fait d’écrire.
Téléphone PGP : définition et fonctionnement
PGP (Pretty Good Privacy) a été créé en 1991 par l’Américain Philip Zimmermann. Il repose sur une paire de clés asymétriques : un message chiffré avec la clé publique de son destinataire ne peut être déchiffré qu’avec la clé privée correspondante.
Un téléphone PGP, que l’on appelle aussi téléphone crypté, est un smartphone modifié autour de ce principe. Le réseau EncroChat, disparu en juin 2020, proposait des appareils Android dotés d’une couche de chiffrement, dont le GPS, le port USB, la webcam et le microphone étaient désactivés physiquement. Ces téléphones ne communiquaient de façon chiffrée qu’avec d’autres appareils du même service.
Le mot « intraçable » vient de là : en retirant les fonctions qui émettent des informations, le vendeur laisse croire que l’appareil ne laisse aucune trace. Cette promesse est plus large que ce que le chiffrement apporte réellement.
Ce que le chiffrement protège dans un téléphone crypté
Le chiffrement de bout en bout rend le contenu d’un message illisible pour quiconque l’intercepte en chemin : opérateur, fournisseur d’accès ou serveur intermédiaire. Un message chiffré reste illisible sans la clé privée, et seuls les deux appareils qui détiennent les clés peuvent le lire.
PGP a d’abord servi aux courriels et aux fichiers, avant d’être repris dans des messageries. Le même besoin de confidentialité se retrouve dans les appels passés par Internet, comme ceux que décrit la téléphonie sur IP.
Il se retrouve aussi dans l’envoi de fichiers sécurisé, où l’on compare les services selon ce qu’ils chiffrent et ce qu’ils conservent.
Données qui échappent au chiffrement : position, SIM et métadonnées
Un téléphone relié à un réseau mobile s’annonce en permanence à l’opérateur, et cette logique de rattachement à une antenne reste la même sur les réseaux récents, dont le fonctionnement du réseau 5G donne un aperçu. Le chiffrement ne touche que le contenu des messages, pas ces échanges avec le réseau.
Voici les données qui restent visibles malgré un téléphone PGP :
- L’IMSI, l’identifiant d’abonné porté par la carte SIM, transmis au réseau à chaque connexion.
- L’IMEI, le numéro de série de l’appareil, qui permet de reconnaître le même téléphone même lorsque la carte SIM change.
- La cellule de rattachement, c’est-à-dire l’antenne à laquelle le téléphone est connecté, qui situe l’appareil dans une zone géographique (le bornage).
- Les métadonnées des échanges : horodatage, destinataires et volume de messages.
- Les données conservées par les serveurs du service, que son fournisseur peut être amené à remettre ou perdre.
Un message illisible n’empêche donc pas de savoir qui l’a envoyé, quand et depuis quelle zone. Ces traces sont produites par le fonctionnement du réseau lui-même, et non par l’application de messagerie.

Les métadonnées prennent de la valeur lorsqu’on les recoupe : une fréquence d’échanges, une heure habituelle ou un lieu récurrent dessinent des habitudes sans qu’aucun message ait été lu.
Téléphone intraçable : pourquoi l’argument ne tient pas
Le maillon faible d’un téléphone PGP n’est pas l’algorithme, mais le serveur ou le terminal. En 2020, la gendarmerie française, avec les polices néerlandaise et britannique, a infiltré EncroChat et collecté des données que près de vingt polices européennes ont ensuite exploitées. Europol et Eurojust ont présenté l’opération lors d’une conférence de presse commune le 2 juillet 2020.
Sky ECC, un autre service du même type, a été fermé en mars 2021. Chiffrement solide, anonymat limité : dans les deux cas, ce sont les serveurs et les appareils, pas l’algorithme, qui ont permis aux enquêteurs d’agir.
Les traces laissées en ligne suivent la même logique que celles du réseau mobile, et la protection des données personnelles ne dépend jamais d’un seul outil.
Prix d’un téléphone PGP et formules d’abonnement
Le modèle économique est celui de l’abonnement, pas de l’achat unique. Pour EncroChat, l’abonnement dépassait 3 000€ par an, auxquels s’ajoutait un appareil à plus de 1 000€.
Les tarifs d’un portable PGP ou d’un téléphone crypté sont donc élevés, et ils paient surtout l’appareil modifié et le service de messagerie. Un prix élevé ne garantit aucune protection supplémentaire : les réseaux démantelés étaient chers eux aussi.
Téléphone crypté et loi française
En France, l’usage du chiffrement est en principe libre : posséder ou utiliser un téléphone crypté n’est pas une infraction en soi. La loi encadre en revanche ce qui se passe lors d’une enquête.

Refuser de remettre aux enquêteurs la clé ou le code qui permet de déchiffrer des données peut constituer un délit. Une ligne mobile reste par ailleurs rattachée à un titulaire, ce qui renvoie aux données de l’opérateur décrites plus haut.
Le réseau EncroChat comptait 60 000 clients selon la police britannique, et son chiffrement n’a pas empêché son démantèlement.

